L’autoproduction propose aux artistes une solution alternative ou temporaire à la production professionnelle.
Pas toujours facile de se faire « entendre » quand on est un jeune artiste tellement le marché du disque en France est concentré.
Toujours dans le même élan des années 90, l’autoproduction propose aux artistes une solution alternative ou temporaire à la production professionnelle.
L’autoproduction a été rendue possible notamment grâce à la « démocratisation de la musique » (frais de studio en baisse et diminution des coûts de fabrication de CDs). La production est donc devenue plus accessible à de petits budgets.
Pourquoi l’autoproduction ?
Soit l’autoproduction est considérée comme une étape obligée dans la carrière d’un artiste s’il souhaite absolument décrocher un contrat. Cela lui permet d’avancer dans le développement de sa carrière et de démarcher des producteurs (« carte de visite »), de chercher de nouvelles dates et de se forger une expérience dans l’industrie phonographique. L’artiste autoproduit peut aussi continuer à progresser dans son art.
Soit l’autoproduction est un choix à part entière : une totale liberté artistique, un refus des lois du marché, ... choix éthique ou choix économique.
Cet article sur l’autoproduction se veut global et vous présente brièvement les différentes étapes, de la création à la distribution du disque pour les artistes autoproduits qui souhaitent vendre.
Première étape : créer une structure juridique
Il est très important de bien s’organiser dès le départ. Il est indispensable de faire des plans à longue échéance, sur un an, et de construire au fur et à mesure.
Pour commencer, il faut vous doter d’une structure juridique. Vous devez absolument disposer d’un cadre légal si vous souhaitez vendre votre cd. Pour se faire, vous avez différents types de structures, soit la structure associative, soit les structures commerciales.
L’ASSOCIATION LOI 1901
Enlevez tout d’abord cette idée reçue comme quoi « le caractère non lucratif » d’une association loi 1901 entraîne l’interdiction de réaliser des bénéfices ou de pratiquer une activité commerciale.
Pour créer une association, vous n’avez aucun capital de départ. Elle doit être constituée de deux personnes minimum. Il y a une assemblée générale, un conseil d’administration et un bureau qui comprend un président, un ou plusieurs vice-présidents, une secrétaire générale et un trésorier. Bien sûr, vous pouvez choisir d’être deux seulement (un président et un trésorier).
Important : il est fortement déconseillé aux artistes-interprètes de faire partie du bureau ou du conseil d’administration d’une association qui administre et diffuse leurs productions artistiques (spectacles, disques, audiovisuel).
Une fois que vous avez décidé de l’organisation de l’association, vous devez la déclarer à la préfecture ou sous-préfecture. Pour ceux et celles qui habitent Paris, il faut effectuer la déclaration au bureau des associations de la préfecture. N’oubliez pas de l’accompagner de deux exemplaires des statuts datés et signés par deux au moins des administrateurs, et de la rendre publique pour une insertion au Journal Officiel dans le délai d’un mois à compter de la déclaration en Préfecture (37.54 € en 2003).
Important : pour l’enregistrement, l’association doit verser aux artistes-interprètes un salaire en contrepartie du travail en studio. Elle doit donc être soumise à la tenue d’un registre unique du personnel et un registre de paie.
Exonération de la TVA ?
Vous êtes exonérés de TVA si l’association rend à ses membres des services sportifs, éducatifs, culturels ou sociaux, si elle fait preuve d’une gestion désintéressée et si les services rendus s’adressent à de véritables adhérents. Sachez que si vous êtes exonérés de TVA, vous serez alors exonérés de l’impôt sur les sociétés.
Important : quand vous produisez un disque, c’est un acte de commerce sauf si c’est une production philanthropique, caritative ou humanitaire donc pas d’exonération de la TVA.
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Les droits ?
En ce qui concerne le droit d’auteur, l’association ne peut pas devenir éditeur associé de la Sacem. Pour les droits voisins, pensez aux royautés sur les ventes des CDs (qualité de Bénéfices Non Commerciaux). Pour le droit du travail, le contrat d’engagement de l’artiste est un contrat de travail. L’association est donc l’employeur et se doit de verser un salaire aux artistes-interprètes. Enfin, pour le droit fiscal, il y a le cachet (salaire) et le versement du producteur phonographique des royautés qu’elles soient calculées sur le prix de gros de vente ou sur les recettes encaissées par le producteur.
A éviter dès le départ pour l’autoproduction: la SA.
LA SARL
C’est de deux à cinquante associés non commerçants avec une responsabilité limitée au montant de leurs apports (7623 € minimum). Vous pouvez effectuer deux types d’apports (en numéraires-argent, ou en nature). Le capital est divisé en parts sociales égales intégralement réparties entre les associés.
Important : la SARL est soumise au régime de l’impôt sur les sociétés au taux de 33.33%.
A la différence de l’association loi 1901, la SARL peut devenir éditeur associé de la Sacem. De même, vous pouvez employer autant d’artistes que vous le souhaitez, fabriquer et vendre les CDs ainsi que signer des contrats de licence ou de distribution. La SARL est le cadre juridique parfait si vous êtes plusieurs.
L’EURL (Entreprise Unipersonnelle à responsabilité limitée)
Il y a un seul associé. Cela peut être une personne physique ou une personne morale. Il n’y a pas de montant minimal pour le capital. La responsabilité de l’associé unique est limité au patrimoine de la société sachant que les organismes financiers demandent des garanties sur le patrimoine propre. C’est la structure juridique appropriée si vous êtes seul. Mais les démarches sont lourdes et prennent beaucoup de temps. Alors peut-être est-il préférable d’avoir le statut de travailleur indépendant.
LA SNC (Société en Nom Collectif)
Souvent le choix d’une structure se fait soit pour une SARL soit pour une SNC. Les règles de fonctionnement et de constitution de la SNC sont plus simples et moins coûteuses que la SARL.
LA SCOP (Société Coopérative ouvrière de production)
La Scop peut être une société civile ou commerciale. Il est préférable pour l’autoproduction que ce soit une société commerciale. Le capital social minimum est de 3750 €. La SCOP doit avoir au minimum 4 associés pour une SCOP SARL. Ils détiennent la majorité du capital et élisent un gérant (SARL).
Important : la spécificité essentielle de la SCOP est le partage du pouvoir à part égal entre tous les associés. Le pouvoir des associés n’est donc pas lié au nombre de parts qu’il détient.
LA SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif)
Elle a un but commercial et social, voire quasiment non lucratif. Les associés ne doivent pas être propriétaires de l’entreprise, contrairement à la SARL.
www.scic.coop
Attention, vous pouvez très bien décider de vous lancer dans l’autoproduction sans avoir de structure. L’artiste devient donc un « micro-entrepreneur ». Pour la production d’un disque, il doit donc déclarer cette activité comme « micro-entreprise » (régime fiscal) à la chambre de commerce de son lieu de résidence, sachant que c’est très onéreux. L’artiste autoproducteur est exonéré de la TVA s’il ne dépasse pas la limite de 37 400 € HT de chiffre d’affaires par an. C’est une structure adaptée pour les artistes confirmés.
Seconde étape : produire son CD
Pour produire votre CD, vous avez deux possibilités : chez vous ou dans un studio professionnel.
HOME STUDIO
Avantages : vous gérez l’enregistrement et/ou le mixage et vous y consacrez le temps que vous voulez. De plus, vous connaissez très bien votre matériel. Pour l’enregistrement en midi, ce n’est pas toujours utile d’aller dans un studio commercial. Par contre, cela ne doit pas vous empêcher de combiner les deux.
Inconvénients : votre matériel est plutôt limité, sauf si vous êtes « riches ». Et vous devez le maîtriser parfaitement. Pour les prises acoustiques, vous n’êtes pas forcément des plus performants par rapport à un studio professionnel.
STUDIO COMMERCIAL
Il est important de bien se préparer avant. Vous passez généralement un temps limité en fonction de votre budget. Autre point à ne pas négliger : la temps écoulé entre l’enregistrement et le mixage doit être significatif. Cela permet de prendre un certain recul sur ses productions.
C’est à chacun de choisir son studio selon ses besoins (nombre de pistes, taille de la salle, nombre de micros, qualité des préamplis pour le live, console pour le mixage...), ses connaissances techniques et le temps à consacrer. Pour cela, n’hésitez pas à faire des devis et à demander les fiches techniques des studios pour connaître le matériel proposé. Enfin, point capital : vous devez savoir exactement ce que comprend le prix pratiqué (ingénieur son, quel matériel...). Et si vous avez la possibilité de rencontrer des artistes qui ont déjà enregistré dans le studio où vous voulez enregistrer et/ou mixer, c’est encore mieux.
Qu’est-ce qu’un MASTER ?
Le master de mixage peut se présenter sous la forme de bandes analogiques, CD-R, K7 DAT. Et le master dans sa définition la plus large, sert à fabriquer les disques. C’est une bande réalisée par un studio de mastering à partir du master de mixage. Cependant, le master ne sert pas directement comme support pour le pressage des CDs. Il faut pour cela passer par le mastering qui peut se faire uniquement par un studio de mastering. Le mastering, c’est l’étape finale de la production du CD : mettre les bandes aux normes du CD, préparer l’editing (ordre des titres), « nettoyer » la bande, corriger le niveau, équaliser, rajouter des effets. Le montant dans un studio de mastering coûte assez cher, entre 150 et 650 €.
Troisième étape : presser le CD
Avant de presser le CD, n’oubliez pas de demander à la SDRM (Société pour l’administration du Droit de Reproduction Mécanique) une autorisation de production. C’est obligatoire. Sachez que la plupart des fabricants ne peuvent pas presser sans cette autorisation.Inutile de presser 10 000 CDs dès la première fois. 300-500 CDs voire 1 000, c’est déjà un bon départ. Rien ne sert de presser beaucoup d’exemplaires dès la première commande parce que le prix est plus attractif à partir d’une certaine quantité.
Important : le montant de la redevance à payer à la SDRM est proportionnelle au nombre d’exemplaires pressés.
Et prévoyez une marge d’erreur de plus ou moins 10% au niveau du pressage des CDs, c’est-à-dire 10% en plus sur le prix d’achat des CDs. Car vous êtes facturés sur le nombre de disques livrés et non en fonction du nombre de disques commandés.
Sur l’étiquette du CD doivent absolument figurer le titre des œuvres, les noms des auteurs, compositeurs, adaptateurs et éditeurs, le logo SACEM-SDRM quand les œuvres enregistrées sont à la SACEM, la mention de copyright, le numéro de référence du disque, le logo du CD et les noms des interprètes.
Il est préférable que votre CD contienne un livret, un boîtier et une jaquette. Vous pouvez faire tout cela vous même si vous vous y connaissez en infographie, du moins pour les maquettes. Ensuite, c’est un imprimeur qui se charge du flashage.
Quatrième étape : la promotion
Une fois que vous avez vos CDs, préparez-vous à le promouvoir. Il y a différentes façons de le faire mais surtout différents supports de communication à utiliser. De même, vous devez choisir les médias qui seront les plus adaptés à vos objectifs. Bien sûr, il est préférable qu’une personne en dehors du groupe s’occupe intégralement de votre promotion. Une personne qui vous connaît bien, qui souhaite vous faire connaître, vous mettre en avant, vous aider. Cette personne doit avoir plusieurs qualités indispensables si vous voulez être « performants » dans votre promotion : elle doit être organisée, rigoureuse, disponible, aimer les contacts et connaître un maximum les rouages de l’industrie phonographique.
LES MEDIAS
La presse
Vous avez la presse généraliste (quotidiens, hebdomadaires, mensuels), la presse régionale, la presse musique (généraliste, black, rock, electro), les fanzines, la presse « magasins » (epok, buzz,...). C’est important de les contacter pour obtenir des news de votre groupe, des chroniques de votre cd, ou proposer une interview. De plus, quand vous vous produisez en concert, prévenez les presses régionale et locale par des communiqués de presse. Pensez à vous informer des délais de bouclage pour la sortie d’un article
Les radios
Vous avez les radios périphériques (RTL, Europe 1,...), les radios réseau (Skyrock, Fun Radio, NRJ) avec beaucoup de pub-tout se paie-, les radios indépendantes (Oui FM, Radio Béton, Nova,...) et la maison de la radio (Fip, Rfi, Rfo, France Bleu, Le Mouv’, France Culture, ...).
Important : une playlist est une liste de diffusion.
Dans les radios réseau, les animateurs ne peuvent rarement modifier les playlists qui sont très limitées (une quarantaine de titres), avec peu de nouveautés et de découvertes. Donc inutile d’envoyer vos CDs à ces radios. La playlist est plus large dans les radios périphériques et il y a beaucoup plus d’émissions spécialisées. Les radios indépendantes proposent des émissions encore plus spécialisées et surtout, elles communiquent sur les concerts à venir.
Important : quand vous envoyez vos CD, dossier de presse et lettre d’accompagnement, vous devez vous adresser au programmateur ou au directeur des programmes pour rentrer en playlist antenne ou en nouveauté antenne.
La télévision
Difficile d’appréhender le monde de l’audiovisuel si vous n’avez pas de clip. Pour les télévisions nationales hertziennes, inutile de les contacter même avec un clip, car ce sont les majors qui priment. Et pour les télévisions câblées et régionales, il faut essayer, surtout pour les décrochages régionaux de France 3.
VOTRE STRATEGIE DE COMMUNICATION
Vous devez élaborer une stratégie de communication même si cela vous semble bien pompeux pour l’instant. C’est essentiel. Il n’y a pas de stratégie parfaite, elle doit en effet s’adapter aux objectifs de chacun.
Vous avez différents moyens de promotion pour y parvenir : le dossier presse (biographie du groupe, chronique courte et efficace de votre CD, discographie, photos, extraits d’articles de presse, concerts effectués et à venir, contact fiable), le merchandising (flyers, affiches, T-Shirts,...). Quand vous vous adressez aux radios ou à la presse, envoyez toujours votre dossier de presse, votre CD promo ou sampler, tout cela accompagné d’une lettre. Cette dernière est très importante pour expliquer le but de cet envoi. Il faut vous mettre en avant, vous vendre par écrit pour qu’on puisse s’intéresser à vous car c’est souvent l’affaire de quelques secondes. Ca passe ou ça casse.
Sinon, faire beaucoup de concerts c’est tout aussi indispensable. Vous pouvez vendre directement sur place et proposer aux gens à la fin du concert de s’inscrire sur un mailing-list. Ainsi, vous les tenez informés par la suite par un courrier ou email de votre actualité.
Cinquième étape : la distribution
La distribution est sûrement ce qu’il y a de plus difficile à appréhender. Ce sont les majors qui détiennent les réseaux de distribution. Il y a bien les indépendants mais ils sont pareils à quelques détails prêts.
Vous avez plusieurs possibilités : soit vous concluez un contrat de distribution classique, ce qui est quasi impossible si vous n’êtes pas signés donc impossible en autoproduction. Vous pouvez tenter de laisser votre CD chez des disquaires indépendants, faire du dépôt-vente mais ça implique beaucoup de déplacements. Ce qui semble plus adapté, c’est la vente de votre CD après vos concerts, et la Vente Par Correspondance. Et bien sûr, vendre votre CD sur le net, c’est un plus aujourd’hui.
Cet article se veut particulièrement exhaustif. C’est un résumé des différentes étapes de l’autoproduction. Certains points sont plus traités que d’autres. Vous pouvez apporter vos suggestions ou poser vos questions sur le forum et chacun tentera par sa connaissance et son expérience de l’autoproduction, d’y répondre. D’autres points n’ont pas été traités comme les contrats, les droits ou encore le budget. Peut-être feront-ils l’objet d’autres articles sur l'autoproduction.